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25/06/2010 12h15

Michel DESTOT , Président des Maires de Grandes Villes de France, Député-Maire de Grenoble : Les METROPOLES, un rendez vous manqué !


Trente ans après les lois Mauroy-Deferre qui avaient donné une véritable impulsion à la décentralisation en France et quelques années après les lois Raffarin II qui avaient largement ignoré les villes, les multiples rapports remis au Président de la République portant sur la question des métropoles pouvaient laisser croire que le fait urbain allait enfin être reconnu en France, pays jacobin, centralisé. Aujourd'hui, 80% de nos concitoyens vivent en zone urbaine, 60% dans les grandes villes.
Au cours du débat autour du projet de réforme des collectivités locales, les Maires de grandes villes de France se sont prononcés en faveur de métropoles adaptées à la France, conformes au dynamisme de nos grandes villes.
Malgré ces recommandations, le gouvernement n'a pas proposé le projet stratégique attendu, permettant aux grandes villes de France de relever les grands défis qui sont devant nous. A défaut de vraies métropoles fondées sur des atouts économiques structurels, sociaux, culturels et environnementaux, le texte présenté au Parlement prévoit un concept de métropole avec pour seul critère d'éligibilité un seuil démographique.
Il serait utile de relire le discours du Président de la République prononcé à Saint Dizier le 20 octobre 2009 lors du lancement de la réforme : « ...Pour ma part, je n'aime pas beaucoup que l'on soit esclave des seuils... Si des villes comme Orléans, comme Grenoble, dès lors qu'elles ont une population significative, veulent se transformer en métropole, c'est un plus pour la France. Il faudra les y encourager. Tout comme il aurait été absurde, en fixant le seuil à 500 000, d'écarter Strasbourg, ville-capitale, ville frontière, alors que tout en elle aspire à relever les défis de la modernité ».
Avec un tel manque d'ambition, il sera difficile de rendre ces métropoles attractives... Rappelons que la métropole ne sera pas une vraie collectivité, seulement un EPCI. Elle ne bénéficiera pas de la force de l'élection au suffrage universel direct et ne disposera pas de ressources supplémentaires pour affronter de nouvelles responsabilités. A ce sujet, pourquoi avoir engagé la réforme de l'impôt économique, la Taxe Professionnelle, avant celle des collectivités territoriales. Bref, pourquoi avoir mis la charrue avant les boeufs ?
Le résultat, nous le connaissons à l'avance, je le crains. Il y aura peu, pour ne pas dire pas de métropoles, mais surtout, et c'est plus grave, il y aura une baisse dramatique des investissements à l'initiative des collectivités territoriales qui sont aujourd'hui responsables de près de 75% de l'investissement civil public en France.
Président de l'Association des Maires de Grandes Villes de France, j'ai eu l'occasion au cours de ces derniers mois d'échanger avec mes collègues européens, japonais, indiens, chinois, américains et même africains. Partout l'heure est à la métropolisation dans un contexte de globalisation de
l'économie mondiale, pour mieux protéger les habitants et pour innover dans l'intérêt de l'ensemble des territoires.
En France, le rêve n'a pas duré. Rendez-vous manqué ! Je le regrette pour mon pays et pour l'Europe.
Michel Destot


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