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28/01/2010 14h23 GMT

CONFÉRENCE PERMANENTE DES EXÉCUTIFS DU LITTORAL

Claude Gewerc, président de la Région Picardie, Alain Le Vern, président de la Région Haute-Normandie, et Laurent Beauvais, président de la Région Basse-Normandie, signent un protocole d'accord de création d'un Réseau d'observation du littoral normand-picard (ROLNP).

Une mobilisation interrégionale et une stratégie collective à long terme pour protéger et valoriser le littoral

La Picardie, la Haute-Normandie et la Basse-Normandie sont confrontées à des risques naturels particulièrement prégnants (transit sédimentaire, recul des falaises, submersion marine) et exposées aux effets à venir du changement climatique ainsi qu’aux incertitudes qui en résultent quant à la possibilité de protéger durablement certains biens. Les enjeux sociaux, économiques et environnementaux dépassent les frontières administratives et justifient une telle mobilisation au niveau interrégional.

Les Régions Haute-Normandie et Picardie se sont donc engagées, avec les Départements de la Somme et de Seine-Maritime, dans une stratégie globale et concertée portant sur l’évolution et la gestion intégrée de la bande côtière, dans le cadre d’une Conférence permanente des exécutifs du littoral mise en place le 2 juin 2009, à Cayeux-sur-Mer. Cette Conférence associe désormais la Région Basse-Normandie, directement concernée par la création du Réseau d'observation du littoral normand picard.

Aujourd'hui, la réunion de la Conférence des exécutifs du littoral présente ce futur réseau aux différents acteurs concernés, l'Etat et ses établissements publics, les Départements bas-normands, les communes littorales, le Conservatoire du Littoral, la société civile et les scientifiques.

Vers un Réseau d'observation du littoral normand-picard en 2010

Les Régions Haute-Normandie, Basse-Normandie et Picardie ont souhaité associer leurs efforts pour parvenir, à court terme, à la création d’un réseau d’observation du littoral normand et picard, terrestre et marin.

Une mission de préfiguration, menée d’avril à septembre 2009, a été confiée au Syndicat mixte littoral normand, structure constituée des Régions Haute-Normandie et Basse-Normandie, et de la délégation Normandie du Conservatoire du littoral.

Cette mission s’est intéressée au contexte dans lequel pourrait s’insérer le réseau. Elle a notamment révélé un fort besoin de connaissance intégrée sur les problématiques littorales, exprimé par des décideurs en quête d’orientations, devenant un véritable enjeu de la gouvernance de cet espace. De nombreux organismes, réseaux et initiatives œuvrent aujourd’hui au suivi du littoral en Normandie et en Picardie et sont à fédérer pour aboutir à une connaissance harmonisée, partagée et lisible par les décideurs.

Le réseau d’observation du littoral normand et picard permettra de répondre à trois objectifs prioritaires :

- valoriser la connaissance scientifique et technique sur les problématiques littorales, mettre en réseau les démarches sectorielles d’observation du littoral existantes en régions,

- fournir aux Régions un argumentaire pour préciser une politique littorale d’accompagnement recentrée sur des solutions alternatives au durcissement du trait de côte,

- mettre à disposition des acteurs du territoire un outil d’aide à la décision.

Cet outil pourra être déployé sur le littoral des trois Régions pilotes (en incluant les franges), et à travers le prisme de l’interface Terre-mer.

Pour atteindre ces objectifs, trois axes de travail ont été identifiés :

- le référencement, la valorisation et le partage de la connaissance littorale à l’appui d’un réseau collaboratif,

- le développement d’une capacité d’expertise basée sur le suivi du littoral, la définition des zones vulnérables, avec lancement envisagé d’études complémentaires en cas de manques avérés,

- informer les décideurs et communiquer sur les actions du réseau.

La mission a rendu ses conclusions auprès des services des trois Régions pilotes le 23 septembre 2009, à l’occasion du dernier comité de suivi.

Signature du protocole d'accord de création du Réseau d'observation du littoral normand picard

Au vu de ces conclusions, les trois Régions souhaitent la mise en place en 2010 du Réseau d’observation du littoral normand picard (ROLNP).

La signature du protocole d’accord définit les principes d’intervention de chaque partenaire pour la future mise en place du Réseau d’observation du littoral normand picard suite aux conclusions de la mission de préfiguration. Les termes de ce protocole devront faire l’objet d’une approbation de chacune des trois Assemblées régionales.

Ses missions

• identifier, consolider et valoriser l’ensemble de la connaissance pouvant être versée à l’analyse des thématiques envisagées,

• assurer le lien entre les démarches sectorielles d’observation du littoral aux échelles locales comme régionales, dans un but d’harmonisation et de valorisation de la connaissance, notamment en terme d’argumentaire partagé et d’outil d’aide à la décision,

• faire émerger un besoin de connaissances complémentaires et orienter ou assurer l’acquisition de ces compléments de connaissances si des manques sont relevés au vu de l’identification de la connaissance existante,

• constituer le siège d’une expertise partagée dans ses dimensions scientifiques, techniques et sociétales permettant d’éclairer la prise de décision des aménageurs.

Le réseau assurerait ces missions sur les trois thèmes suivants

• la mobilité de la bande côtière, depuis la compréhension des phénomènes et l’identification des aléas à la gestion des risques côtiers associés (submersion marine, en particulier),

• l’analyse des enjeux environnementaux et socio-économiques sur le littoral,

• l’adaptation aux changements globaux affectant le littoral (et notamment le changement climatique avec ses conséquences sur le niveau marin et les niveaux extrêmes de la mer).

Son périmètre d’intervention

Le périmètre d'intervention inclurait des secteurs restreints dépendant des régions voisines comme la Baie de Cancale en Ille-et-Vilaine et le nord de la Baie d’Authie dans le Pas-de- Calais, ceci afin de prendre en compte l’ensemble de cellules sédimentaires ou entités écologiques reconnues, telles que la Baie du Mont-Saint-Michel ou la Baie d’Authie.

L’échelle maritime française communément admise et pour laquelle la cohérence de travaux sur l’évolution des côtes peut être trouvée est dans notre cas la façade littorale Manche / Mer du Nord. Aussi, une collaboration ou une extension du périmètre de travail du réseau à la Région Nord-Pas-de-Calais pourrait être envisagée à moyen terme.

Une préoccupation est d’assurer le lien entre terre et mer et d’apporter cohérence et harmonisation dans les réflexions.

Aussi, le réseau aurait vocation à étudier la bande côtière pour prendre en compte les dimensions latérale et transversale du littoral et replacer l’étude des phénomènes dans une dimension plus large entre zone subtidale proche et les habitats arrière-littoraux.

Les limites de la zone d’étude pourraient être appréciées et réadaptées suivant les thématiques.

Le fonctionnement envisagé

Trois instances :

- une instance décisionnelle organisée autour d’un comité de pilotage et d’un comité technique,

- un comité d’orientation associant les contributeurs volontaires à l’action du ROLNP dans ses finalités, son expertise scientifique et technique, et la validation des résultats produits,

- une cellule d’animation chargée d’animer le réseau, mettre en œuvre les axes de travail et le programme d’actions défini par le comité de pilotage.

Le réseau sera effectif au cours de l’année 2010.

La mission de préfiguration du réseau a estimé le coût de fonctionnement de cette instance à 330 000 € TTC la première année et entre 330 000 € et 385 000 € TTC pour chacune des deux années suivantes.

Chacune des trois Régions contribuera de manière équitable au fonctionnement du réseau.

Les enjeux sur le devenir du littoral : des experts en parlent

Stéphane Costa, professeur, directeur de l’UFR de Géographie de l’Université de Caen Basse-Normandie

Le rivage normand-picard est un milieu d'une grande richesse environnementale et patrimoniale, mais il est également très dynamique et fragile. Ainsi, en de nombreux endroits, l'urbanisation, qui s'est parfois imprudemment appropriée la frange littorale est désormais rattrapée par l'érosion côtière ou menacée par des submersions de tempête. Ce problème n'est pas unique en France, en Europe, ni même dans le monde, puisque près de 70% du linéaire côtier mondial est soumis à l'érosion. Ce phénomène a d'abord une origine naturelle, à laquelle se sont ajoutées des actions humaines qui ont plutôt joué comme des facteurs aggravants.

Sur le littoral de la Manche et de la Mer du Nord, comme partout en France, le traitement de ce risque s'est souvent résumé à une politique de défense contre la mer, rigide parfois controversée, en raison, d'une part, de ses effets perturbateurs sur le milieu, et d'autre part, de sa mise en place, non pas en fonction de l’échelle des phénomènes naturels générateurs de dommages mais selon un découpage administratif trop restrictif. Par ailleurs, les études scientifiques ont clairement montré que certains problèmes côtiers normands-picards ont des effets semblables et relèvent de causes identiques, voire communes.

Ce constat appelle donc à une gestion partenariale interrégionale. Cette approche collégiale des trois Régions, unique en France, aboutit aujourd'hui à la création d'un Réseau d'observation du littoral normand-picard.

Cet outil d'aide à la décision est d'autant plus fondamental que le réchauffement climatique et l'élévation du niveau des mers risquent de générer des évolutions du littoral qu'il convient de prévoir dès à présent.

Les perspectives du programme Clarec pour la connaissance et la préservation du littoral normand-picard

Patrice Bretel, ingénieur au CNRS, chef de projet Clarec

Le projet Clarec (Contrôle par laser aéroporté des risques environnementaux et côtiers) est une première étape du partenariat interrégional. Ce projet, coordonné par le professeur Franck Levoy (Université de Caen), regroupe en effet 6 universités (Caen, Rouen, Le Havre, Amiens, l'Université du Littoral Côte d'Opale et Lille), une école d'ingénieur (ENSICAEN) et l'INTECHMER à Cherbourg. Organisé en un Groupement d'Intérêt Scientifique qui définit les Actions de Recherche, il a pour objet de recherche les risques littoraux et s’articule autour d'un outil structurant de très haute performance, un scanner laser aéroporté, communément appelé Lidar.

La gestion de cet instrument est confiée à une équipe opérationnelle basée au laboratoire M2C (Universités de Caen-Rouen - CNRS) à Caen, animée par Patrice Bretel, ingénieur au CNRS. Le Lidar permet de réaliser des levés topographiques des littoraux de très grande densité (plusieurs points par m²) avec une précision de l'ordre de 10 cm. Le rendement de l'instrument est exceptionnel, des dizaines de kilomètres carrés peuvent être survolés en une marée.

Ces informations sont de première importance pour l'étude des risques littoraux car elles permettent d'envisager des suivis d'évolution très précis (érosions des falaises ou des côtes sableuses, mobilité des bancs de sable ou des cordons de galets) sur de grandes surfaces, de fournir des cartes de très haute résolution pour une meilleure connaissance des zones de submersions par exemple, ou encore pour établir des états topographiques très détaillés pour les calculs de simulations permettant de prédire les impacts des changements climatiques.

Le fonctionnement actuel du projet est partiellement soutenu par la Région Basse-Normandie. Reçu en décembre 2008, l'instrument a été embarqué à l'occasion de 4 vols en 2009 qui ont permis de réaliser deux levés de la Baie du Mont-Saint-Michel et une grande proportion des côtes bas-normandes. Des vols sont programmés sur le littoral Nord-Pas de Calais en 2010 et sont en projet sur les falaises de Seine-Maritime.

L'investissement de l'ordre de 1,3 M€ a été soutenu par les Régions Picardie, Haute-Normandie, Basse-Normandie, Nord-Pas de Calais et le CNRS-INSU.

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